Cours et animation dans un internat pour jeunes filles pauvres
Après quatre années d’école menées tambour battant, après une année assez éprouvante humainement, après enfin une rencontre un peu tardive avec Dieu…
…avant de me lancer dans la vraie vie dans un monde qui bouge très vite, parfois trop vite, sans faire attention à la personne humaine, sans laisser de moment de quiétude pour se recueillir et prendre du recul par rapport au quotidien…
… je souhaitais partir : Partir loin dans un univers où le temps ne seraient pas le même, où la culture et les règles seraient différentes, où j’aurai l’occasion d’être moi-même à l’état brut, de donner librement, gratuitement sans rien attendre en retour, de faire l’expérience de cette vie proche des hommes et de Dieu, avec Dieu.
Les Religieuses du Sacré-Cœur de France et d’Inde m’ont permis de réaliser ce rêve cet été en m’accueillant deux mois dans leur internat pour jeunes filles pauvres à Haregaon au Nord Est de Bombay. Je suis partie là-bas avec le désir de me rendre utile, de réfléchir au sens que je voulais donner à ma vie, à mes priorités, et de me rapprocher de Dieu. Les sœurs m’ont accueillie chaleureusement dans leur communauté, partageant avec moi non seulement les moments de prières et les repas, mais aussi leurs peines, leurs soucis et leurs joies, leur expérience du monde et de Dieu. Que de moments j’ai passés à m’entretenir avec l’une ou l’autre, au petit déjeuner, à l’heure du thé ou après le dîner ! C’est ainsi que, progressivement, j’ai compris le cœur en or et le dévouement de ces sœurs. J’ai aussi pris conscience de la pauvreté indienne, de l’enfance de ces jeunes filles qui me souriaient en m’appelant Didi à chaque fois que je me retrouvais parmi elles, et des peines de ces femmes qui travaillaient si dur pour payer les études de leurs enfants et conserver leur dignité… (et par ricochet de notre chance d’occidentales !)
Car l’indienne est fière et généreuse. J’ai dû me battre pour que ces enfants qui n’avaient rien cessent de me donner des friandises et des cadeaux ! J’ai été invitée dans les familles de professeurs très pauvres qui ont fait des repas de fête en mon honneur… Devant ce cœur ouvert, on est simplement ému et heureux. « Venez et voyez. », nous avait-on dit avant de partir. J’ajouterai : « Savourez l’instant présent et ces relations authentiques. »
Ce séjour ne saurait être réduit à ces moments d’échanges et de prières, aussi importants soient-ils. Les journées étaient bien occupées : animation chez les petits de 4 à 6 ans, cours d’anglais et de français à des sœurs et des novices, cours de danse classique à des jeunes de 13-14 ans. Les sœurs m’ont laissée m’organiser de manière autonome et prendre des initiatives. Cela m’a permis de mieux connaître ces enfants au regard d’ange, à la volonté et au sérieux exceptionnel. Nos enfants occidentaux, si gâtés par la vie, pourraient leur envier leur pureté de cœur et leur capacité à s’émerveiller et se réjouir de petites choses toutes simples...
Résumer cinq semaines de mission est une tache ardue. Je conclurais donc ainsi : Dans ce havre de paix qu’était le couvent d’Haregaon, j’ai beaucoup appris… sur les autres, sur Dieu et sur moi. C’est une expérience qui est parfois difficile mais d’une richesse incommensurable. On ne revient pas comme avant !